Conseil des arts La banque d'oeuvres d'art

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Entrevue - The Ottawa Citizen

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« L’art de la diplomatie : La Banque d’œuvres d’art, qui sert déjà de modèle à toutes les nations sensibles aux arts, a maintenant convaincu l’Afrique du Sud de l’importance du collectionnement. », écrit Paul Gessel

Victoria Henry

Reproduit avec la permission du journal The Ottawa Citizen, Le mardi 7 janvier 2003, Page : D7, Section : Arts, Auteur : Paul Gessell, Source : The Ottawa Citizen, Photo couleur : Simon Hayter, The Ottawa Citizen / Victoria Henry parmi les milliers d’oeuvres de la collection de la Banque d’oeuvres d’art, à Ottawa. La Banque d’oeuvres d’art a vendu au gouvernement sud-africain l’idée de monter sa propre collection.

Que diable faisait donc Victoria Henry, directrice de la Banque d’oeuvres d’art, parmi des chefs d’entreprises réputées telles que SNC Lavallin et Bombardier, lors d’une récente mission commerciale en Afrique?

Cherchait-elle à recruter des clients africains? Espérait-elle leur louer des peintures canadiennes entreposées dans les voûtes de la Banque d’oeuvres d’art située dans la partie est d’Ottawa, sur le boulevard St. Laurent?

Pas exactement, bien que Mme Henry aurait été indiscutablement très heureuse de conclure de telles transactions! Après tout, en appliquant certains principes d’affaires élémentaires, n’a-t-elle pas sauvé la Banque d’oeuvres d’art, alors organisme gouvernemental en perpétuel déficit, d’une fermeture quasi-certaine pour la rendre autosuffisante et même rentable, en quelques années seulement?

À vrai dire, du 15 au 26 novembre dernier, Mme Henry s’est rendue en Afrique du Sud, au Nigeria et au Sénégal, à titre de représentante du Conseil des Arts, à qui appartient la Banque d’oeuvres d’art, pour dénicher des occasions qui permettent aux artistes canadiens de participer à des résidences à l’étranger ou à des échanges conclus avec des pays africains.

Bien qu’elle ait remporté un certain succès à cet égard, notamment au Sénégal, c’est en Afrique du Sud qu’elle a causé le plus d’effet et remporté certaines victoires pouvant avoir des retombées à long terme sur la culture de ce pays et, possiblement, sur le monde canadien des affaires.

Alors qu’elle se trouvait en Afrique du Sud, Mme Henry a tant vanté la Banque d’oeuvres d’art que Ben Ngubame, ministre des Arts, de la culture et de la technologie du même pays, a décidé de créer un organisme semblable dans son pays.

Invité par Mme Henry, M. Ngubame a assisté à une réception donnée par le gouvernement canadien à l’occasion de la mission commerciale pour rencontrer les représentants diplomatiques et corporatifs canadiens. En fait, M. Ngubame a été le seul ministre sud-africain à s’y présenter.

Durant la réception, Mme Henry, M. Ngubame et Mme Doreen Nteta, directrice du Conseil des arts de l’Afrique du Sud, ont entamé une conversation et Mme Henry a fait appel à ses nombreux talents de persuasion. En réalité, elle avait commencé à vanter les mérites de la Banque d’oeuvres d’art à M. Ngubame, trois ans auparavant, lors d’une réception à Ottawa. Cette fois-ci, M. Ngubame était totalement vendu à l’idée.

«O.K. Doreen, je vais vous donner un million de rand (environ 184 000 $ Can), a-t-il dit. Fondons une banque d’oeuvres d’art.»

Maintenant revenue à Ottawa, Mme Henry travaille à la rédaction d’un protocole d’entente selon lequel la Banque d’oeuvres d’art offrira son expertise - allant des programmes informatiques jusqu’à l’établissement des prix - à l’Afrique du Sud, afin que ce pays puisse monter sa propre banque d’oeuvres d’art cette année.

Durant l’apartheid, les bureaucrates responsables de l’acquisition des oeuvres d’art pour l’Afrique du Sud ont eu tendance à dédaigner les oeuvres de nombreux artistes noirs et l’art de certains groupes a été ignoré. M. Ngubame désire remédier à cette situation en établissant une structure qui, fidèle au modèle canadien, lui assurerait que des oeuvres d’art de tous les groupes culturels figureraient au sein de la collection et seraient exposées dans les immeubles du gouvernement.

Cela n’est pas la première fois que l’on prend exemple sur la Banque d’oeuvres d’art. En effet, quelques années seulement après la création de celle-ci, il y a maintenant 30 ans, l’Australie a créé un organisme semblable en se fondant sur le modèle canadien. D’autres pays, de Singapour à la Norvège, communiquent régulièrement avec la Banque pour connaître son fonctionnement et emprunter des idées pouvant leur servir.

La Banque d’oeuvres d’art ne tire aucun revenu de l’entente conclue avec l’Afrique du Sud, mais celle-ci peut comporter des avantages à long terme pour le Canada. Mme Henry souligne que M. Ngubame s’occupe de deux domaines : l’art et la culture, ainsi que la science et la technologie. Selon elle, la gracieuse collaboration de la Banque pourrait peut-être se révéler profitable à une entreprise de haute technologie qui essaie par exemple de conclure un contrat en Afrique du Sud.

«Sachant qu’il peut travailler avec le Canada, M. Ngubame considèrera peut-être la proposition canadienne plus intéressante.», dit-elle.

La participation de Mme Henry à une mission commerciale en Afrique et, plus tôt, en Inde, dirigée elle aussi par Pierre Pettigrew, ministre du Commerce international, s’inscrit dans une stratégie lancée par le gouvernement fédéral en vue de resserrer les liens entre la diplomatie, le commerce et la culture. Les célèbres missions commerciales d’Équipe Canada, instaurées par le premier ministre Jean Chrétien, comportent habituellement un volet culturel qui inclut entre autres des cinéastes et des directeurs de musée dont la présence a pour but de consolider des ententes culturelles et d’accroître la notoriété du Canada à l’étranger. En 2001, la gouverneure générale, dont les antécédents culturels sont impeccables, avait mené sa propre mission culturelle-commerciale en Allemagne, escortée de célébrités telles que le cinéaste Atom Egoyan et l’artiste Janet Cardiff.

Certains pays, notamment le Mexique, allient depuis longtemps les affaires à la culture, ses entreprises ayant recours aux salons artistiques et autres événements culturels pour établir un réseau de clients. Le Canada a commencé à organiser des activités remarquées qui, comme l’exposition du Groupe des Sept présentée à Mexico il y a quelques année, constituent des occasions idéales pour présenter à la fois des entreprises canadiennes et du grand art.

Souhaitant favoriser la diplomatie et les affaires, le Canada fait aussi parler de lui au Mexique ces jours-ci, en organisant des visites d’écrivains connus, tels Margaret Atwood et Alistair MacLeod, ainsi qu’une prochaine tournée de l’Orchestre du Centre national des Arts. Ainsi, comme le veut la théorie, plus les Mexicains penseront au Canada et en entendront parler, plus ils seront portés à conclure des affaires avec les entreprises canadiennes.

Mme Henry, qui appuie certainement cette théorie, déclare : «Je crois fermement que les répercussions de nos actions sont infinies.»

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